Et passer à la démocratie délibérative. C’est-à-dire d’une organisation où les habitant.es sont consulté.es voire seulement informé.es à celle où ils et elles décident réellement avec des élu.es qui ne font ensuite qu’entériner des décisions co-construites avec les habitant.es et les agent.es municipal.es.

Réunion du Groupe de coordination municipal de Vaour (Tarn) le 5 février 2026 (photo : Najac infos)
Najac infos poursuit avec ce troisième article une série de contributions visant à alimenter le débat dans la perspective des élections municipales de mars prochain à Najac et pourquoi pas dans d’autres communes. Ces textes fourniront des informations et donneront un point de vue mais ne prétendent pas représenter « la vérité » – d’autant plus que Najac infos n’a pas accès à autant de données que, par exemple, les élu.es sortant.es ou les agents municipaux. On sera donc entre le journalisme et la politique. Les principes qui guident ces contributions sont rappelés au bas de ce texte.
Mettre « fin à la surdité des institutions »
« Pour en finir avec la démocratie participative », sans point d’interrogation. C’est le titre du livre de Manon Loisel et Nicolas Rio (1) qui a inspiré le titre de cette contribution. Pour les auteur.es, il ne s’agit pas de promouvoir un régime pyramidal. Bien au contraire : « L’urgence n’est pas de (faire) participer, mais de démocratiser l’action publique en mettant fin à la surdité des institutions et en redistribuant l’accès au débat démocratique », est-il écrit sur la 4e de couverture.
Citons également « Réanimer la démocratie », le passionnant et très riche ouvrage de Tristan Rechid (2), formateur « aux outils d’intelligence collective et à la gouvernance partagée ». Son idée est de proposer « de penser un nouveau régime démocratique, en s’appuyant sur des expérimentations concrètes menées dans une centaine de communes françaises, où les habitants et habitantes ont repris en main les décisions qui les concernent ».
Démocratie participative « discréditée »
Dans le rapport « Prendre le pouvoir pour le partager » (3) qui présente les « expériences et les apprentissages des communes participatives » pendant le dernier mandat, les autrices font la différence entre démocratie participative et démocratie délibérative (p 159). Elles écrivent que la première concerne des « processus non aboutis où il s’agit de débattre sans décider ou de décider sans débattre ». Conséquence : « La démocratie dite « participative » est aujourd’hui largement discréditée parce qu’elle offre souvent un processus de participation sans impact sur la décision politique, comme ce fut le cas lors de la Convention citoyenne pour le climat. » La démocratie délibérative, quant à elle, vise à articuler trois actions : « Examiner, débattre et décider. »
À Najac, entre 2020 et 2026, l’information voire la consultation des habitants ont été considérablement améliorées par rapport aux mandats précédents – il faut dire qu’on était proche de zéro : Site Internet, conseils municipaux filmés, réunions publiques, commissions ouvertes aux habitants. En revanche, les habitant.es n’ont pas ou peu été en position de décider. Et cela fait toute la différence. Sur plusieurs dossiers importants (rénovation de la piscine, réseau de chaleur, création de parkings, déficit structurel du budget assainissement, épandage des boues de la station d’épuration pour ne citer que quelques exemples), ce sont les élu.es qui au final ont pris les décisions. Parfois en consultant ou seulement en informant les habitants succinctement.
Ingrédients incontournables
Pour réussir une délibération, rappellent les autrices du rapport cité plus haut, il y a des « ingrédients incontournables » (p 160). Associer au sein d’assemblées mixtes les élu.es, les agent.es de la commune et les habitant.es. Inclure les « personnes habituellement sous-représentées » pour éviter que « toujours les mêmes » participent. Le tirage au sort associé à du porte-à-porte pour aller à la rencontre des tirés au sort, est un outil pour cela. Autre ingrédient essentiel : « La facilitation de la délibération. »
Il est précisé : « Les facilitateur·rices sont garant·es du cadre et du respect du processus de délibération. Leur rôle est de faire émerger les points de vue des participant·es et d’accueillir les désaccords et les éventuelles tensions qui pourraient en découler. Ils et elles sont les garant·es d’un partage équitable du temps de parole et de la prise en compte des idées de chacun·e. Les facilitateur·rices ne formulent pas leur avis pendant les débats et ne prennent pas part au vote. » L’idée étant de réguler les rapports de domination pour limiter leur reproduction.
Quels moyens pour y parvenir ?
On pourrait continuer d’égrener les expériences et les outils de mise en place d’une vraie démocratie délibérative. Mais la question qui pourrait maintenant se poser aux listes qui vont se présenter à l’élection municipale est finalement assez simple : « La démocratie délibérative est-elle votre priorité ? » Ou encore : « Voulez-vous prendre le pouvoir pour le rendre aux habitant.es ? » Et : « Quels moyens allez-vous mettre en œuvre pour y parvenir ? » Les propositions listées plus bas pourraient répondre à ces questions.
Partant de là, les expériences passées et présentes peuvent aider à parvenir à cet objectif. On l’a vu, la documentation et les sources d’inspiration ne manque pas. Mais il faudra une réelle volonté de le mettre en place et de s’en donner les moyens. J’avais prévu de faire des articles sur d’autres thématiques possibles des « programmes électoraux ». Je pense aujourd’hui que c’est aux habitant.es de décider des priorités du mandat qui vient. Mes deux dernières contributions avant l’élection devraient être un sujet audio sur l’expérience de Vaour (Tarn) (4). Et une analyse des listes et des programmes en présence. La date limite des dépôts des listes candidates est fixée au 26 février. Le premier tour aura lieu le 15 mars.
Propositions
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La mise en place d’une véritable démocratie délibérative pourrait être annoncée comme l’autre priorité du mandat (avec le logement).
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Un.e élu.e avec la seule délégation de la gouvernance (au moins les deux premières années).
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Des formations à la démocratie délibérative, aux outils d’intelligences collectives, à la Communication non violente pourraient être mises en place pour les élu.es et les habitant.es (par exemple via la coopérative Fréquence commune).
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Une commission gouvernance chargée d’élaborer un schéma de gouvernance dans les 6 mois maximum après l’élection (pas très loin de chez nous voir par exemple celui de Vaour ou de Penne) pourraient être mise en place.
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En attendant la mise en place d’un nouveau schéma de gouvernance, les réunions des élu.es (les lundis lors du mandat précédent) pourraient être publiques et les comptes-rendus publiés (sauf sujets nécessitant la confidentialité). Les comptes-rendus des commissions municipales seraient également publics. Et celles-ci continueraient d’être ouvertes à tous et toutes.
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En attendant la mise en place d’un nouveau schéma de gouvernance, tous les dossiers non urgents pourraient être mis en pause et aucun nouveau projet n’être lancé (les parkings est un bon exemple de dossier qui pourrait paraître non urgent). Seuls ceux ne pouvant attendre seraient traités en particulier ceux en phase opérationnelle.
La boussole des idées présentées dans cette série d’articles :
Être toujours du côté des plus faibles que ce soit en matière de revenus, de patrimoine, de sexe, d’orientation sexuelle et plus généralement de toutes les minorités. Donc, comme ailleurs, à Najac : Le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, le classisme et toutes les formes de discriminations ou d’oppression n’ont pas leur place. Ces idées devraient donc être combattues par les habitant.es et les élu.es. Toute décision devrait viser à diminuer les inégalités. Tout ce qui compose notre environnement (l’air, la terre, l’eau, les animaux, les végétaux, etc.) est également le plus souvent en position de faiblesse par rapport à l’espèce humaine. Ils devraient donc également être protégés voire défendus. ↑
Voir aussi :
- Le logement devrait être la priorité – Municipales 2026 (1/3)
- « Dès qu’on est maire on devient le sous-fifre du préfet » – Municipales 2026 (2/3)
(1) Textuel, 192 pages, janvier 2024, 18,90 €
Voir aussi ce podcast. Et bien d’autres produits par Fréquence commune. ↑
(2) Actes sud, 160 pages, octobre 2025, 15 € ↑
(3) Elisabeth Dau – Cléa Fache – Léa Legras, Fréquence commune, 286 pages, mai 2025.
Et aussi la présentation du rapport lors d’une conférence. Vidéo ici. ↑
(4) L’article ci-dessus a notamment été nourri par les échanges par les membres du collectif de Vaour : Claire Davienne, Bernard Holderlé, Melvin Rocher, Jérémie Steil et tous les membres du Groupe de coordination qui m’ont permis d’assister à leur réunion du 5 février. Qu’ils et elles soient ici chaleureusement remercié.es pour m’avoir donné de leur temps. ↑