Vague en terme de moyens et d’objectifs et à la fois très chargé en terme d’items et de chantiers d’ampleur, on peine à comprendre l’intérêt d’un tel document porté par des candidat.es dont « la plupart ne [se sont] déclaré.es que fin janvier » et qui « ne se sentent pas encore suffisamment formé.es » selon les termes du collectif.

Le document présentant le programme de « Najac ensemble » pour les municipales 2026
Najac infos poursuit avec ce septième article une série de contributions visant à alimenter le débat dans la perspective des élections municipales de mars prochain à Najac et pourquoi pas dans d’autres communes. Ces textes fourniront des informations et donneront un point de vue mais ne prétendent pas représenter « la vérité » – d’autant plus que Najac infos n’a pas accès à autant de données que, par exemple, les élu.es sortant.es ou les agents municipaux. On sera donc entre le journalisme et la politique. Les principes qui guident ces contributions sont rappelés au bas de ce texte.
Élaboré par qui ?
C’est un programme qui a été publié sur Internet le 21 février soit trois semaines avant l’élection et dont on ne sait pas par combien de personnes et par qui il a été élaboré. « 45 à 50 » selon Pierre-Jean Bartheye. Chiffre qui reste à prouver. C’était une des questions de Najac infos auxquelles « Najac ensemble » n’a pas souhaité répondre (voir la liste concernant le programme). Le collectif explique que ces « questions ont été entendues par la totalité des candidat.es et du collectif Najac Ensemble et nous avons estimé ne pouvoir y répondre correctement pour le moment. En effet 80 % des candidat.es sont nouveaux/nouvelles et ne se sentent pas encore suffisamment formé.es pour répondre. Iels ont également considéré que les délais étaient trop courts, compte-tenu du peu de temps dont iels disposent (la plupart ne s’étant déclaré.es que fin janvier) pour se préparer à l’élection et à leur prise de fonction. »
Il est vrai que beaucoup de personnes sont arrivées très tard. Une des raisons ne serait-elle pas que le choix a été fait de ne pas ouvrir à l’ensemble des personnes qui le souhaitaient mais aussi de ne faire aucune réunion publique pour associer le plus grand nombre ? Sauf celle prévue vendredi 13 mars qui, à 36h de l’élection risque d’être une nouvelle opération de communication. Et la tentative numérique de les faire s’exprimer a fait flop : Une seule contribution a été enregistrée.
Questions inoffensives
Pourtant la communication a été digne d’une commune bien plus grande : Distillation progressive des informations, photo de groupe du collectif, site Internet, page Facebook, un document de six pages en couleur, des vidéos promotionnelles puis des vidéos des candidat.es pour un total de 9, des communiqués de presse, une présence sur le marché, une tentative (infructueuse) de ménager le suspense sur les noms des candidat.es, une interview à la radio CFM de Pierre-Jean Bartheye qui relève aussi de la communication tant les questions du « journaliste » furent peu piquantes et lui ont permis de dérouler tranquillement son discours (5/03). Celles de Najac infos n’étaient évidemment pas dans le même registre et visaient à tenter d’instaurer un (tout petit) débat dans une campagne ternie par la présence d’une seule liste. Pierre-Jean Bartheye, annoncé par le collectif comme futur maire, a d’ailleurs trouvé « regrettable », au micro de CFM à Villefranche, l’absence d’une liste concurrente. Posture démagogique ?
On aurait pu imaginer, compte-tenu du manque de temps et de compétences avancé par le collectif, qu’il aurait fait le choix de n’annoncer que quelques grands principes clairs du type de ceux Najac infos (ce n’est qu’un exemple), une volonté claire de démocratie délibérative avec une date de mise en place d’un schéma de gouvernance par exemple d’ici septembre 2026 et éventuellement une ou deux grandes priorités (on ne voit pas comment le logement n’aurait pas pu être l’une d’entre elles). Puis de réellement co-construire le programme avec les habitant.es après l’élection. La nouvelle équipe a fait un choix différent et assez classique : Des principes vagues, un programme sous forme de liste à la Prévert sans priorisation claire affichée, pas d’objectif précis ni de moyen pour y parvenir.
Pas une mince affaire
Mais prêtons-nous au jeu du programme puisque c’est ce qui a été choisi. C’est un programme très ambitieux. Car vouloir lancer dans le même mandat tous ces chantiers ne sera pas une mince affaire : L’aménagement du « hangar Magne », de l’immeuble occupé aujourd’hui par Les lieux communs (non mentionné dans le programme mais sur le point d’être acheté), l’étude de l’avenir de l’école, l’étude d’un « grand plan d’adaptation aux changements climatiques », l’amélioration du stationnement et la circulation, des « conventions municipales », la création d’un « seul atelier municipal », les travaux de la piscine, l’étude d’aménagement des bords de l’Aveyron, la création d’un « éco-quartier », la création de « box à louer pour artisans », la « création de nouveaux espaces ludiques ». Les futures élu.es auraient-iels trouvé le moyen d’augmenter la durée des journées au-delà de 24h ?
Il y a aussi des propositions déjà réalisées ou lancées ou qui ne mangent pas de pain : « Étendre l’offre de logements locatifs communaux », le « réseau de chaleur », « la veille sur les bâtiments à la vente » pour des commerces, « poursuivre le développement des différents marchés » (comment?), « poursuite du financement de la Ruralinette », « continuer à diversifier et développer l’offre culturelle et festive », « Contribuer au développement de la pratique du sport » (Comment?). Beaucoup de mesures commencent par : « Envisager », « encourager », « penser », « étudier des leviers », « suivi », « accompagner », « continuer », « contribuer », « terminer », « favoriser », « poursuivre ». Et tout ça, vient après un communiqué rempli de langue de bois (18/01). De quoi être prudent.e sur l’ambition réelle derrière ce programme.
Et les personnes les plus fragiles ?
On peut aussi noter des manques dans ce programme. Quid de l’aides aux personnes les plus fragiles au-delà des personnes âgées ? Rappelons que pendant le mandat précédent, il y a eu jusqu’à 40 bénéficiaires du RSA et 95 personnes inscrites à France travail sur la commune. Il est aussi question d’une charte de « l’événement écoresponsable ». Mais ne serait-il pas plus important de faire une charte visant à prévenir les violences sexistes et sexuelles sur ces événements ? Combattre le racisme ? Ou les inclure dans une charte plus globale ? Le logement apparaît en haut de la liste dans le programme mais les mesures ne semblent pas à la hauteur des enjeux, déjà détaillés sur Najac infos. Concernant la gouvernance, c’est aussi très timide et surtout aucun engagement n’est pris sur le pouvoir de décision des habitant.es, un éventuel calendrier de mise en place d’une gouvernance véritablement partagée et des mesures immédiates (par exemple rendre publiques les réunions des élu.es). Et il est à craindre que ce ne soit pas un oubli. Du moins de la part des mâles blancs de plus de 50 ans.
Rien sur l’assainissement et le déficit structurel de son budget (lire ici). Aucun objectif sur le raccordement des logements à l’assainissement collectif pour ceux qui déversent encore leurs eaux usées dans l’environnement alors qu’ils ont une obligation de raccordement. On peut être tolérant sur les logements inoccupés et attendre qu’ils soient par exemple vendus mais beaucoup moins pour les autres. Il est question de « soutenir de nouvelles installations paysannes ». Ok mais de quelles types ? Bio ou pas ? Élevage ? Maraîchage ? Légumineuses ? Rien sur l’utilisation de la cantine comme levier pour réaliser et communiquer sur des orientations écologiques. Par exemple augmenter la part du bio. Quid de la santé environnementale ? (voir des exemples ici) Le développement des marchés avec quels moyens ? La communauté de commune apparaît dans le 6 pages mais peu est dit alors que ses pouvoirs sont considérables. Quid de l’embauche éventuelle de personnel municipal alors que plusieurs élu.es du mandat précédent se sont plaint.es de la charge de travail ? Quid de l’association des agent.es municipaux à l’élaboration des décisions au même titre que les habitant.es ?
Bouleversements déjà là et à venir
Enfin, sans doute très important : On pourrait imaginer un travail sur l’adaptation non limité aux changements climatiques mais aux bouleversements déjà là et à venir. Simplement depuis juin 2025 : Trois commerces d’alimentation ont été fermés pendant plusieurs jours (Intermarché, Ethic bio et Aux-Près-d’ici) suite à de fortes pluies, il y a eu au moins trois épisodes de vent fort, des inondations, un glissement de terrain où le drame n’est pas passé loin, des coupures d’électricité. Sans parler de forts risques d’incendie en 2022 (voir ici), les tension sur l’accès à l’eau ou le dépérissement de la forêt. La littérature et les vidéos ne manquent pas pour prendre conscience de nos fragilités : Le Giec, les conférences d’Arthur Keller, les rapports du Shift project, les interventions de Vincent Mignerot, Jean-Marc Jancovici, Stéphane Linou. Là aussi des formations ou des autoformations semblent importantes.
On ne sait pas quel est le niveau d’implication et de consentement réel des nouveaux et nouvelles candidat.es au programme de Najac ensemble. On espère qu’il n’est pas trop important et on leur laisse volontiers le bénéfice du doute. Mais l’heure des choix va arriver assez vite.
La boussole des idées présentées dans cette série d’articles :
Être toujours du côté des plus faibles que ce soit en matière de revenus, de patrimoine, de sexe, d’orientation sexuelle et plus généralement de toutes les minorités. Donc, comme ailleurs, à Najac : Le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, le classisme et toutes les formes de discriminations ou d’oppression n’ont pas leur place. Ces idées devraient donc être combattues par les habitant.es et les élu.es. Toute décision devrait viser à diminuer les inégalités. Tout ce qui compose notre environnement (l’air, la terre, l’eau, les animaux, les végétaux, etc.) est également le plus souvent en position de faiblesse par rapport à l’espèce humaine. Ils devraient donc également être protégés voire défendus. ↑
[Mise à jour à 16h39 : correction sur l’absence de l’intercommunalité dans le programme.]
Voir aussi :