La question se pose d’autant plus que dans les deux villages une seule liste est candidate. Il est assez simple de répondre à la question pour un électeur ou une électrice de La Fouillade. C’est un peu plus compliqué pour Najac. Éléments de réflexion sur la liste. Ceux concernant le programme feront l’objet d’un article séparé.

Première page du 6 pages de Najac ensemble déposé dans les boîtes aux lettres vers le 6 mars.
Najac infos poursuit avec ce troisième article une série de contributions visant à alimenter le débat dans la perspective des élections municipales de mars prochain à Najac et pourquoi pas dans d’autres communes. Ces textes fourniront des informations et donneront un point de vue mais ne prétendent pas représenter « la vérité » – d’autant plus que Najac infos n’a pas accès à autant de données que, par exemple, les élu.es sortant.es ou les agents municipaux. On sera donc entre le journalisme et la politique. Les principes qui guident ces contributions sont rappelés au bas de ce texte.
Évacuons tout de suite la question pour La Fouillade. Toute personne qui considère que l’extrême droite est un danger pourrait faire le raisonnement suivant : Dominique Rigal, le maire sortant qui se représente, a fait le choix, lors des législatives 2024, de ne pas donner de consigne de vote au second tour entre le candidat du Nouveau front populaire (LFI) et la candidate RN (lire ici). Même si les élites intellectuelles et médiatiques de notre beau pays tentent de brouiller les cartes, je continue de faire une différence – et de taille ! – entre le programme de LFI et celui du NFP, de gauche modéré (plus modéré que celui de la gauche de 1981, lire par exemple ici) et celui de l’extrême droite.
« Travail, famille, patrie »
Quand en plus, localement, la candidate RN sur la 2e circonscription avait assumé vouloir remplacer la devise nationale « Liberté, égalité, fraternité » par celle du régime de Vichy, « Travail, famille, patrie » (lire ici), le positionnement de Dominique Rigal peut sembler d’autant plus problématique. On peut aussi rappeler que lors de ce même second tour, 265 voix se sont portées à La Fouillade sur la candidate RN soit plus d’un quart des électeurs et électrices inscrit.es et 46 % des suffrages exprimés. Contre 312 voix au candidat LFI (voir ici). À Najac, 145 voix pour le RN (soit plus d’un inscrit sur 5).
Rappelons enfin que, pour ces propos, la candidate RN a été exclue du RN (lire ici). On pourrait évidemment dire qu’une élection municipale n’a rien à voir avec une élection nationale. Sauf qu’en l’espèce, c’est bien parce qu’il était maire que le candidat macroniste aux législatives avait demandé et obtenu le soutien de Dominique Rigal au 1er tour (lire ici). Donc c’est aussi bien parce qu’il était maire que la décision de Dominique Rigal de ne pas donner de consigne de vote au 2nd tour était aussi importante. Dans ces conditions, pour une personne opposée au RN et à ses idées, donner son vote à cette liste ne devrait pas être une option.
Aucune ambiguïté avec l’extrême droite
À Najac, ce type de raisonnement n’est pas applicable du fait que la liste sortante était positionnée à gauche en 2020. Elle l’est toujours en 2026 et n’a jamais eu aucune ambiguïté avec l’extrême droite. La réponse à la question d’aller voter ou pas, de voter pour la liste ou de voter blanc est donc moins évidente.
Si on attache de l’importance à une vraie participation des habitant.es, on pourrait se dire que pour contraindre les élu.es à la mettre en place, il faut que la liste obtienne un score le plus bas possible afin que les futur.es élu.es ne puissent pas arguer d’une prétendue légitimité obtenue lors du scrutin. Par exemple en recueillant plus de 50 % des voix des personnes inscrites, même si ce raisonnement omet de prendre en compte les personnes non inscrites et qu’il faut garder en tête que le scrutin majoritaire est une sorte de « loi du plus fort » (1). Le choix de ne pas apporter son vote à l’unique liste est d’autant moins problématique que ses membres sont sûr.es d’être élu.es. Ce choix est par ailleurs d’autant plus important que, on le verra dans la partie programme, aucun engagement solide n’est pris par la liste pour instaurer une véritable démocratie délibérative.
Saluer et remercier pour l’engagement
Problème : Il y a des femmes et des hommes, certain.es très jeunes, qui décident de s’engager et de donner de leur temps pour leur village. Certaines personnes pourraient se dire qu’en allant voter on salue et on remercie pour cet engagement. Qui n’est d’ailleurs pas un petit engagement : Voir par exemple cette vidéo ou cette présentation. Et qu’à l’inverse, en n’y allant pas, on pourrait les décourager. À chacun.e de choisir selon ses priorités et sa sensibilité entre ne pas aller voter, voter blanc, voter nul ou voter pour la liste. En n’allant pas voter, le risque est que les candidat.es auront du mal à savoir si c’est par flemme, indisponibilité, etc. ou par choix. Le vote blanc est un peu plus clair.
Avec une gouvernance participative solide, les particularités des élu.es seraient peu importantes. En effet, les outils d’intelligence collective, une gouvernance qui associe le plus grand nombre d’habitant.es feraient que les élu.es n’auraient pas plus de pouvoir que les autres et que les tendances autoritaires de certain.es et les inévitables processus de domination seraient canalisées. Sauf que le programme est très vague sur le sujet.
Il est écrit dans la section « Gouvernance » du programme de Najac ensemble : « Il s’agit de permettre aux citoyen·nes de mettre leurs compétences au service de la commune, de s’impliquer dans les commissions et groupes de travail et de participer ainsi aux décisions municipales. Accès à une information de qualité par le biais de supports diversifiés densification de l’information sur le site web de la mairie (information en temps réel sur les dossiers en cours, délibérations…). Organiser des consultations citoyennes sous forme de conventions municipales sur certains sujets majeurs développer les commissions municipales et créer des groupes de travail thématiques associant les citoyen·nes. » Cela ne garantit en rien que les décisions ne seront in fine pas prises par les seul.es élu.es voire par un (petit) groupe d’élu.es. Voire par deux personnes dans le bureau du maire.
Deux élus de 72 et 68 ans « à la tête de la commune »
Donc la liste. Le 17 février, sur la page Facebook de « Najac ensemble », on apprenait que le nouveau maire devrait être Pierre-Jean Bartheye et Jean-Régis Souvignet son 1er adjoint en cas de victoire. Deux élus de la précédente équipe de respectivement 72 et 68 ans. Donc deux hommes blancs de plus de 65 ans. Et qui ont vocation à être positionnés « à la tête de la commune » si on se place du côté des institutions. On a vu mieux comme renouvellement. Et en matière de démocratie délibérative, pas d’engagement de leur part. Jean-Régis Souvignet se contente de déclarer : « Nous souhaitons impliquer toujours plus les habitant-es, en les associant aux commissions municipales ouvertes qui ont été mises en place pendant ce mandat, et en créant des groupes de travail sur des thématiques particulières. » Donc aucune nouveauté par rapport au mandat précédent ni aucun engagement que la décision reviendra aux habitant.es.
À la 9e place sur la liste, on trouve Gilbert Blanc, maire sortant (72 ans). Si la présence de ces élus sortants peut être perçue comme positive notamment parce qu’elle permettra une transmission des dossiers en cours, la candidature de Gilbert Blanc pourrait être considérée comme non indispensable. Najac infos lui a demandé : « J’ai bien compris que tu souhaitais effectuer une transition en douceur avec la nouvelle équipe. Mais pourrais-tu me donner les raisons pour lesquelles tu as souhaité te représenter et en 9e position, stp ? Si c’était pour « pousser la liste » – selon l’expression politicienne – pourquoi ne pas t’être présenté en 17e position ? Enfin, dans la mesure où il était très fortement probable qu’il n’y aurait pas de 2nde liste donc l’argument de « pousser la liste » tombait, pourquoi t’être représenté alors que la transmission ne nécessite pas d’être élu ? » Au moment de la publication de cet article, aucune réponse n’est parvenue à Najac infos. Ces questions sont pourtant d’importance car il arrive souvent que les personnes qui ont goûté au pouvoir ont du mal à le lâcher. L’avenir nous dira si Gilbert Blanc en fait partie ou pas.
Un achat de 115 000 € voté lors du dernier conseil municipal
Un exemple récent n’est pas très rassurant quant à cette volonté de réellement passer la main. Lors du dernier conseil de la mandature, le 19 février – soit 24 jours avant l’élection ! – il a été soumis au vote le principe de l’achat de l’immeuble situé au 31, place du faubourg occupé aujourd’hui par les associations Les lieux communs et Aide à domicile en milieu rural (ADMR). Montant maximum d’achat envisagé : 115 000 €. Il y a certes des arguments en faveur de cette acquisition (voir le passage du conseil municipal ici, les délibérations n’ont toujours pas été publiées au moment où ces lignes sont écrites ni d’ailleurs celles du conseil du 28 janvier, c’est malheureusement assez fréquent) mais il n’a pas été expliqué en quoi il y avait urgence à délibérer alors que la prochaine équipe allait être élue dans moins d’un mois. Rappelons également que la commune de Najac est en train d’acquérir le hangar Magne pour lequel aucun projet n’a encore été défini.
Deux adjoints au maire (sur 4) n’ont pas voté la délibération. Alain Andrieu, premier adjoint, a voté contre. Interrogé par Najac infos pour avoir une explication, il écrit : « J’ai envoyé un mail aux élus de Najac Ensemble dont bien sûr Pierre-Jean Bartheye pour évoquer ma position. Je cite : « Je pense qu’il est nécessaire de prendre le temps de la réflexion pour cet achat ou non de cet immeuble. Cela me paraît un peu précipité. Quid des charges pour le propriétaire ? Quel projet avons-nous prévu ? Quels loyers envisagés ? Quels autres locataires envisagés, un service de la mairie ? Il me semble important d’examiner les solutions envisageables avant de prendre toute décision. À l’heure actuelle il me semble que la Conciergerie [le nom des locaux choisi par Les lieux communs] paie des charges à hauteur de 50 euros, peut-être me trompé-je ? Ce possible achat n’a pas figuré dans le budget primitif que nous avons voté dernièrement. »
De plus, je pense que cette décision relève du prochain conseil municipal qui sera élu les 15 et 22 mars prochain. Ce mail n’a pas suscité la moindre réaction par mail ou autre. Comme je ne pouvais pas être présent au conseil municipal où cette délibération serait soumise à l’ordre du jour, j’avais bien indiqué à Pierre-Jean Bartheye que j’étais opposé à cet achat faute d’avoir eu des réponses à mes questions. » Pierre-Jean Bartheye qui avait la procuration d’Alain Andrieu, a bien voté contre pour ce dernier mais n’a pas donné d’explication de vote.
Point de vue non évoqué
Suzanne Déléris, 2e adjointe et… 4e vice-présidente de Ouest Aveyron communauté, propriétaire du bâtiment, s’est abstenue. Interrogée par Najac infos sur les raisons de son abstention, l’élue répond: « J’avais transmis à l’ensemble des élus, avant le conseil municipal, mon point de vue sur ce sujet. Celui-ci n’a visiblement pas été évoqué lors de la réunion, je souhaite donc le rappeler. Je pense qu’il ne faut pas se précipiter dans l’achat de cet immeuble […] plusieurs questions restent, selon moi, à clarifier. Tout d’abord, il est important de savoir qui prendra en charge les différents frais liés à ce bâtiment : Impôts, assurances, électricité, chauffage, entretien, etc. Ensuite, je m’interroge sur le projet global pour cet immeuble. À ce stade, il me semble que ce sujet n’a pas encore été véritablement discuté au sein du conseil municipal. […] Compte tenu de ces éléments et des questions encore en suspens, j’estime qu’il aurait peut-être été préférable de prendre davantage de temps pour étudier ce dossier, et éventuellement de laisser la décision définitive aux prochains élus. Si cela s’avérait nécessaire, la commune conservera toujours la possibilité d’exercer son droit de préemption, si les élus le jugent opportun. Mon abstention ne traduit donc pas une opposition de principe, mais simplement la volonté de disposer de tous les éléments et d’un projet clairement défini avant de s’engager. » La réponse intégrale de Suzanne Déléris est à consulter ici. Elle y donne pas d’éléments financiers.
Un autre sortant avait également annoncé dès octobre 2025 son intention de se présenter : Fabrice Guibal. Or il aurait finalement renoncé notamment du fait de la méthode de gestion des désaccords nés quant à une candidature qui a fait débat au sein du collectif. On pourrait considérer que c’est de la tambouille interne mais cela questionne au minimum sur les outils d’intelligence collective ou plutôt leur absence pour gérer ce genre de conflit, somme toute assez classique dans un processus de constitution de liste. La gestion de ces désaccords va-t-elle laisser des traces ? Autre point qui pourrait interroger, la présence de 3 candidat.es de Sourbins sur la liste alors que d’autres hameaux ne sont pas représentés. Si on ajoute Béluel et La Prade, cela fait un tiers de la liste qui est situé dans un rayon d’environ 500 m autour de Béluel. Côté profession, aucun agriculteur n’est présent alors que, par exemple, sur la liste de La Fouillade, ils sont pas moins de trois.
Beaucoup de jeunes
Au-delà des sortants, cette liste comporte beaucoup de jeunes : 7 ont moins de 40 ans contre 2 en 2020 (2). 2 femmes ont même moins de 30 ans ! Aucune femme ne semble être sur la liste pour donner uniquement son nom afin de remplir les obligations légales de parité mais bien avec une volonté annoncée de faire bouger les choses. Ce qui n’a pas toujours été le cas dans le passé sur les listes à Najac et ailleurs. Autre point positif : Plusieurs personnes ont une expérience significative d’implication dans des collectifs.
Tout n’est pas non plus idéal car n’oublions pas qu’à Najac, comme souvent en milieu rural, la population n’est pas des plus jeunes. L’auteur de ces lignes sait de quoi il parle. La moyenne d’âge de la liste 2026 qui est de 50,4 ans (contre 53,5 ans en 2020 donc un rajeunissement en moyenne) cache cependant le fait que 8 candidat.es sur 15 ont plus de 60 ans quand il n’y en avait que 6 en 2020. Il y en a même 4 qui ont plus de 70 ans (2 en 2020). Ce qui donne une médiane de 62 ans en 2026 contre 50 en 2020. En résumé une liste certes rajeunie mais aussi… vieillie.
Indemnités des élu.es
Des points sur lesquels aucune information n’a été communiquée : La répartition des indemnités des élu.es. Un sujet pourtant important pour éviter que les retraité.es qui ont du temps et n’ont normalement plus besoin de travailler pour vivre, prennent le pouvoir dans l’équipe par le simple fait qu’ils et elles sont plus disponibles pour étudier les dossiers, échanger avec les agent.es, participer à des réunions, etc. Si par exemple un artisan perd du chiffre d’affaires car il passe du temps à la mairie, il n’est pas anormal qu’il touche une indemnité supérieure à un élu dont le revenu est (pour l’instant) garantie par sa retraite.
La répartition des délégations et des postes d’adjoint.es si elle n’est pas centrale dans une commune véritablement délibérative, est une question plus importante dans un fonctionnement pyramidal. Or on ne la connaît pas non plus aujourd’hui. Idem pour la personne qui devrait siéger à la communauté de commune alors que c’est une institution avec beaucoup de pouvoir et d’impact sur les habitant.es de la commune. Ce n’est pas une obligation légale mais dans un fonctionnement qui se revendique participatif, la communication de ces choix avant l’élection pourrait paraître souhaitable.
Sur les points abordés ci-dessus, des questions ont été adressées par écrit à 45 personnes de Najac ensemble le 2 mars. Au moment de publier cet article aucune réponse n’a été reçue. Voir la liste des questions concernant la composition de la liste ici. Elles ont été envoyées en même temps que celle concernant le programme qui fera l’objet d’une publication séparée.
La boussole des idées présentées dans cette série d’articles :
Être toujours du côté des plus faibles que ce soit en matière de revenus, de patrimoine, de sexe, d’orientation sexuelle et plus généralement de toutes les minorités. Donc, comme ailleurs, à Najac : Le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, le classisme et toutes les formes de discriminations ou d’oppression n’ont pas leur place. Ces idées devraient donc être combattues par les habitant.es et les élu.es. Toute décision devrait viser à diminuer les inégalités. Tout ce qui compose notre environnement (l’air, la terre, l’eau, les animaux, les végétaux, etc.) est également le plus souvent en position de faiblesse par rapport à l’espèce humaine. Ils devraient donc également être protégés voire défendus. ↑
Voir aussi :
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« Dès qu’on est maire on devient le sous-fifre du préfet » – Municipales 2026 (2)
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En finir avec la « démocratie participative » ? – Municipales 2026 (3)
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(1) Voir par exemple cet extrait d’une interview du philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie (France culture, 23 février 2026). ↑
(2) Pour faire la comparaison, on n’a pris que les 15 premières personnes de la liste 2026 puisque celle de 2020 n’en comptait que 15. ↑