Les surprises de Gilbert Blanc pour le conseil municipal

L’ancien maire de Najac s’est abstenu sur une délibération et Pierre-Jean Bartheye, le maire actuel, ne semblait pas s’y attendre. L’occasion pour Najac infos d’aborder la notion de droit de préemption urbain avec, en creux, la question du logement dans le village.

Le 23, place du faubourg à Najac le 4 novembre 2026 (photo CC BY-SA 4.0 : Najac infos)

C’est un conseil municipal où de petits événements ont pimenté la réunion du 22 octobre. La motion de soutien à Jean-Régis Souvignet, dont Najac infos a déjà parlé, en est un. L’abstention de l’ancien maire en est un autre. Et le fait que le maire actuel n’en ait pas été informé en est un troisième. La façon de traiter le sujet encore un autre. La délibération en question est arrivée à la fin du conseil. Elle concernait une cession soumise au droit de préemption urbain (DPU).

Vendre à la commune ou ne plus vendre
Ce droit est la possibilité pour une commune, lorsqu’une vente concerne un bien dans un périmètre délimité, d’acheter ce bien à la place de l’acheteur initialement prévu. Le vendeur a alors deux possibilités : accepter de vendre à la commune ou décider de ne plus vendre. À Najac, ce droit s’applique essentiellement sur le bourg, dans la zone du VVF, celle du camping, en partie à Sourbins et Villevayre. Quasiment chaque conseil municipal se termine par l’examen des déclarations d’intention d’aliéner (DIA), documents reçus par la commune visant à l’informer d’une vente afin qu’elle puisse ou non exercer son droit de préemption. On y trouve qui vend quoi, à qui, à quel prix, etc.

Lors du dernier conseil municipal était donc soumise au vote, une délibération concernant la vente de Myriam Barda (née Epiter) et de Gabriel Barda de leur maison située au 23, place du faubourg et de parcelles attenantes représentant 140 m² pour un montant de 125 000 € (ici p. 25).

Se prononcer vers 21h30 sur un document reçu dans l’après-midi
Le maire Pierre-Jean Bartheye explique à propos de la DIA : « Nous en avons reçu une cet après-midi donc je ne sais pas si vous avez eu le temps de regarder […] on a hésité à la présenter ce soir parce que… enfin, on aime bien, quand il y a une vente qui est en cours, de ne pas la bloquer forcément par notre décision. » Donc l’édile demande aux élu·es de se prononcer vers 21h30 sur un document reçu dans l’après-midi. Et lui-même se demande si ces élu·es ont « eu le temps de regarder ». La question est effectivement tout à fait légitime et, on le craint, tout autant rhétorique.

Bien que « on a hésité », « on aime bien » donc la délibération est présentée. Si les habitant·es savaient qui est ce « on », ils et elles seraient informé·es sur le mystérieux processus de prise de décision au sein de l’équipe municipale. Malheureusement pour elles et eux, le maire ne l’a pas précisé. Sur l’urgence, il faut rappeler que le conseil municipal a deux mois après la réception d’une DIA pour statuer donc il était tout à fait possible de reporter la décision au conseil prévu le 18 novembre voire encore à celui d’après.

Logements à l’année
L’argument de faire au plus vite pour ne pas bloquer une vente peut s’entendre mais répondre en un mois ne paraît pas déraisonnable. Et il peut s’entendre quand il est évident que le bien en vente n’intéresse pas la commune et/ou que l’acheteur veut par exemple transformer une maison vide par des logements à l’année (1). Et si, dans cet exemple, la commune a comme priorité d’augmenter le nombre de logements dont elle manque cruellement, qu’elle fait confiance à l’acheteur pour effectivement en créer de nouveaux et qu’elle ne souhaite pas avoir la maîtrise totale des nouveaux logements sur la commune.

Sauf que, dans le cas du 23, place du faubourg, Pierre-Jean Bartheye raconte : « Sur le moment, on s’est dit : « C’était un commerce donc ça serait peut-être intéressant de préempter pour sauvegarder une possibilité de commerce. » » Puis de préciser immédiatement : « Sauf qu’on s’est aperçu, en faisant une petite recherche, qu’en fait ça passe d’une propriété en nom propre à une société dont au moins une des personnes est actionnaire enfin directeur même. » Et de nous apprendre qu’il s’agit de la société Foncière étoile Marceau (capital social : 3 M€) dont Gabriel Barda est en réalité président. Mais, oublie-t-on de le préciser, Myriam Epiter, épouse Barda, n’a aucun lien direct avec cette société. Il s’agit donc d’une vente des époux à une société contrôlée uniquement par monsieur.

« On se dit »
Conclusion du maire : « Donc on se dit que c’est vraiment juste une démarche administrative. Ce n’est pas une vente mais c’est un changement de statut. Donc on se dit : « Si on préempte, ils vont le retirer de la vente. Donc ça n’a pas grand intérêt de de préempter. » »

Du coup, même si le raisonnement se tient, on a du mal à comprendre pourquoi les élu·es ne pouvaient pas prendre le temps de bien se renseigner, d’y réfléchir tranquillement et de reporter la décision au prochain conseil voire à celui d’après. Par exemple tenter de savoir auprès des propriétaires quel était l’objet de la vente. Et puisque la commune aurait pu être intéressée, essayer de voir si les époux Barda ne seraient pas prêts à vendre (numéro de téléphone ici). Ou au moins de vérifier que le projet n’est pas de faire un meublé de tourisme (2).

« Un truc particulier »
Au lieu de ça, on a eu droit à un festival de supputations : « Peut-être qu’ils veulent faire des travaux », « c’est dans le XVIe arrondissement à Paris, ils peuvent faire des travaux effectivement sans doute », « vraisemblablement pour des raisons fiscales », « je crois qu’une société foncière, c’est un truc particulier mais je ne suis pas très versé dans ce truc-là. En principe ce sont des montages fiscaux qui permettent de globaliser le patrimoine foncier d’une famille », « je pense que ça a une activité commerciale », etc. Si, dans les bureaux de Neuilly ou dans ceux à 200 m de l’Arc de triomphe de Paris, on a regardé ce passage du conseil municipal, il n’est pas impossible qu’on ait pu se payer une bonne tranche de rigolade.

Ce qui est sûr, c’est que Gabriel Barda n’est pas le premier venu. C’est un promoteur immobilier qui revendique via Espace 2, l’entreprise qu’il préside et la myriade de Sociétés immobilières qu’il contrôle (voir schéma ci-dessous), 6 500 logements, 350 000 m² de bâtiments et 120 000 m² à l’étude ou à la réalisation, des résidences de tourisme, un hôtel 4 étoiles, des résidences seniors, etc. On peut aussi voir ça sous un angle graphique. Personnes soumises au tournis, s’abstenir :

La galaxie des sociétés liées à Gabriel Barda (source : Pappers)

et la famille n’est pas en reste :

La galaxie d’une partie des sociétés liées à des membres de la famille Barda (source : Pappers)

« Moment Astérix »
Quittons les hautes sphères du business immobilier parisien et redescendons sur terre dans notre « petit village dans l’Aveyron nommé Najac » où le « moment Astérix » est proche. Pierre-Jean Bartheye finit par mettre la non préemption au vote. Et tous et toutes les élu·es sont pour. Tous ? Non. Un élu résiste. « Je m’abstiens, je m’abstiens. Tu n’as pas demandé, je m’abstiens. » insiste Gilbert Blanc. « Ah tu t’abstiens ? Excuse-moi, je ne t’ai pas vu », répond Pierre-Jean Bartheye à celui qui était encore maire il y a environ 7 mois. On n’en saura malheureusement pas plus car Gilbert Blanc n’a pas expliqué son vote. Une abstention d’un élu de la majorité n’est pourtant pas si fréquente et les habitant·es auraient sans doute aimé en connaître les raisons. Mais visiblement pas le conseil municipal qui est passé à autre chose comme si de rien n’était :

L’ancien maire a réservé une autre surprise à ses collègues élu·es. C’était quelques minutes plus tôt lors de l’examen de la création d’un poste de « responsable des services techniques ». Juste avant de passer au vote, il demande : « Je sais que vous l’avez vérifié mais pour moi c’est le préalable : les finances de la commune permettent de supporter un poste supplémentaire à demeure ? » Question pas inutile puisque cela a permis à Diane Gastellu, adjointe en charge des « ressources humaines », de présenter les hypothèses financières autour de la création de ce poste : « Normalement, les économies réalisées devraient quasiment couvrir le coût de la création du poste. » Et Jean-Régis Souvignet de souligner que cela se traduira dans le budget 2027 (baisse des dépenses extérieures et augmentation de la masse salariale). Gilbert Blanc semble avoir été convaincu puisqu’il a voté pour (ici). Mais s’il savait qu’iels l’avaient vérifié, pourquoi avoir posé la question ? Sollicités, les élus n’ont pas donné suite.


(1) Comme on l’a vu en avril 2026 lors de l’achat (ici p. 37) d’un bien situé anciennement aux 4-6, rue de l’Adret par la SCI Maz&Co Immo et qui compte aujourd’hui deux appartements loués à l’année (bravo à eux !) Le maire a d’ailleurs indiqué que Rémy Mazières l’avait appelé plusieurs fois car le co-gérant de cette SCI « était très inquiet que ça ne passe pas » (ici) Ce qui démontre que des échanges sur une DIA sont possibles avant le passage en conseil municipal.↑
(2) Des tâches que pourraient mener la commission logement.↑

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