Stéphane Mazars soutien de la très pro-israélienne Caroline Yadan

Le nouveau maire de Rodez a signé, quand il était encore député de la 1ère circonscription de l’Aveyron, la proposition de « loi Yadan » largement contestée et qui devait être examinée par l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril. Mais ce n’est pas une première : l’ancien député aveyronnais a également signé deux courriers de la députée Yadan visant deux puissantes voix qui s’élèvent contre le génocide israélien en Palestine. 

Stéphane_Mazars, maire de Rodez (photo : Antoine Lamielle CC BY-SA 4.0)

La liste des opposants à la proposition de « loi Yadan » pour prétendument « lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », ne cesse de s’allonger. Une pétition contre cette PPL a recueilli plus de 700 000 signatures en moins de deux mois. Ce qui n’a pas empêché la droite et l’extrême droite de s’asseoir dessus. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme estime que le texte fait peser de « sérieuses menaces sur la liberté d’expression et la liberté académique en visant des propos sans lien direct avec l’antisémitisme ». L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic déclare (L’Humanité, 10/04) : « Je n’ai jamais vu un projet pour créer une infraction pénale aussi flou. » Étienne Balibar, philosophe : « Avec la loi Yadan, il s’agit de rendre illégale la discussion sur ce qu’est l’État d’Israël et ce qu’il est devenu. » (Mediapart, 14/04 et 8/04) Ou encore un collectif de personnalités juives (Le Monde, 14/04). Le maire LFI de la Courneuve a pavoisé la mairie avec le drapeau palestinien le 16 avril. Etc.

Stéphane Mazars, alors qu’il était encore député, a signé cette PPL. D’où la question de Najac infos au nouveau maire de Rodez envoyée le 8 avril : « Soutenez-vous toujours cette proposition de loi ? » Pas de réponse au moment de la publication de cet article. D’autres questions sans réponse : « Reprenez-vous toujours à votre compte la phrase « Cette haine de l’État d’Israël est aujourd’hui consubstantielle à la haine des Juifs » contenue dans la loi ? Si oui, qu’est-ce qui vous permet d’affirmer cela ? Des chercheurs et les chercheuses ont dénoncé un texte visant à museler la recherche académique et les défenseurs et défenseuses des droits humains ont accusé la proposition de loi de vouloir faire taire toute critique d’Israël. Que répondez-vous à cela ? Ne pensez-vous pas que cette proposition de loi dessert « la lutte contre l’antisémitisme en assimilant les Juives et les Juifs à la politique de Benjamin Netanyahou » ? »

26 députés du groupe Ensemble n’ont pas signé
On pourrait penser que la signature du député est intervenue dans le cadre d’une forme de solidarité au sein du groupe « Ensemble pour la République » (EPR). Sauf que depuis la reconnaissance de l’état de Palestine par la France en septembre 2025, Caroline Yadan a quitté ce groupe et y est juste apparentée. Et surtout, il y a 21 député.es du groupe EPR et 5 apparenté.es qui n’ont pas signé cette PPL. Preuve qu’il était possible de prendre ses distances. Que ni lui, ni son collègue Jean-François Rousset, député de la 3e circonscription de l’Aveyron, n’ont visiblement prises. Il faut dire qu’en consultant le compte X de Stéphane Mazars, on découvre qu’il semble être un grand fan de Caroline Fourest et de Raphaël Enthoven, toujours prompts à minimiser les crimes d’Israël (par exemple ici, ici et ). Mais aussi de l’humoriste à tendance islamophobe Sophia Aram.

Stéphane Mazars et Jean-François Rousset font également parti des 51 députés EPR (sur 91) qui ont demandé, en août 2024, la levée de l’immunité parlementaire de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, infatigable défenseuse du peuple palestinien. Démarche initiée, une nouvelle fois par Caroline Yadan mais qui n’a visiblement pas été suivi d’effet.

Une certaine… Caroline Yadan
Les deux députés aveyronnais ont aussi signé un courrier daté du 28 mars 2025 et initié par une certaine… Caroline Yadan visant à demander au ministre des affaires étrangères français de s’opposer « au nom de la France, au renouvellement du mandat de Mme Francesca Albanese », rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés.

Dans ce courrier, les signataires reprochent à Francesca Albanese d’avoir coécrit : « Le temps presse pour Gaza, avertissent les experts de l’ONU, qui exigent un cessez-le-feu pour empêcher un génocide. » Pour ces député.es, la rapporteuse diffuserait « ainsi l’idée qu’un « génocide » du peuple palestinien serait à l’œuvre, pratiquant ainsi l’inversion accusatoire, chère au Hamas ». Sauf que déjà en mars 2025, nombreux et nombreuses étaient les voix pour dénoncer le génocide à Gaza.

Une page Wikipédia dédiée à l’apartheid israélien
Toujours dans cette lettre, on pouvait lire : « Madame Albanese accuse par ailleurs de manière répétée Israël d’être un état pratiquant l’Apartheid. » (1) Sauf que bien avant mars 2025, de très sérieuses institutions pointaient l’apartheid israélien qui fait même l’objet d’une page Wikipédia dédiée : Human rights watch, B’Tselem (ONG israélienne), Amnesty international, la Cour internationale de justice (CIJ), organe judiciaire principal des Nations unies. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a estimé que l’avis de la CIJ était « largement cohérent » avec les positions de l’Union européenne (Les Echos, 20/07/24).

De quoi décourager cette fois 54 député.es EPR de ne pas signer cette lettre ? En tout cas pas nos deux valeureux députés aveyronnais. Quant à Sarah Vidal, ancienne adhérente du PS et alliée de Stéphane Mazars au second tour des municipales à Rodez, sollicitée via une de ses colistières pour recueillir sa parole sur les positions de son allié, c’est Silence radio. Il faut dire que Sarah Vidal a reçu le soutien de Carole Delga, la présidente de la région Occitanie par ailleurs proche de François Hollande, un des deux signataires PS de la PPL Yadan. La boucle est vraiment bien bouclée.

[Mise à jour à 18h05 : le texte est retiré par les députés macronistes qui ont annoncé à l’AFP qu’un nouveau texte devrait être présenté à l’Assemblée la semaine du 22 juin. (France 24).]

Voir aussi :


(1) La campagne d’Israël contre Francesca Albanese via Caroline Yadan avec la complicité du ministre des affaires étrangères français s’est poursuivie en manipulant des déclarations de la rapporteuse. Lire : « Réponse à mes détracteurs » (Francesca Albanese, Le Monde diplomatique, mars 2026).

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