Devant la levée de boucliers des familles et de ses partenaires, le maire est revenu sur sa décision brutale et prise sans concertation de fermer la structure au 31 décembre. Jean-Claude Carrié, le président d’Ouest Aveyron communauté, affirme avoir été « mis devant le fait accompli » et apprécie le retour « à la raison » de l’édile qui est aussi… son 1er vice-président. Au-delà du sujet spécifique de la crèche déjà en soi d’importance, cette affaire révèle une gestion des affaires communales qui interroge.

Devant la mairie de La Fouillade le 16 septembre 2026 (Photo CC BY-SA 4.0 : Najac infos)
« À La Fouillade, la décision brutale de fermer la crèche dès janvier suscite l’incompréhension et l’inquiétude. Parents, salariés et élus dénoncent un manque de concertation et redoutent les conséquences pour l’emploi, l’attractivité et les familles du secteur. » Cette phrase n’est pas issue de Najac infos mais de La Dépêche (17/09). On se dit que si même le quotidien régional se permet d’utiliser des mots aussi tranchants, c’est que la situation n’est pas glorieuse pour le maire et son équipe – très silencieuse – à l’origine de cette « décision brutale » (1).
Familles pas informées
Si les rumeurs – car pendant des jours ce ne furent que des rumeurs – ont commencé à circuler à La Fouillade et dans les communes alentour vers la fin août, les échanges entre les partenaires de la crèche ont démarré autour de la fin juin mais sans que les familles, pourtant directement concernées, n’en aient été informées. Sans parler des salariées.
Interrogé par Najac infos, Jean-Claude Carrié, le président d’Ouest Aveyron communauté (OAC), raconte : « J’ai été mis devant le fait accompli parce qu’il [le maire] a enclenché la démarche en faisant un courrier, avec en copie le directeur de la CAF et moi, disant qu’il informait Familles rurales de la fin du partenariat au 1er janvier 2027. C’est là que je lui dis : « Ah bon ? Mais en fait on n’en a pas discuté. » »
Si on en croit le procès verbal du conseil municipal de La Fouillade du 7 juillet (p6), Familles rurales, le gestionnaire de la crèche, « sera en charge de prévenir les familles sur l’arrêt de cette activité au 31/12/2026 ». Interrogé par Najac infos le 29 septembre, Pierre-Marie Boissonnade, directeur adjoint à la fédération Familles rurales de l’Aveyron, est catégorique : « On n’a pas été chargé de communiquer aux familles. » Il reprend par ailleurs les mêmes termes que le président d’OAC : « On a été mis un peu devant le fait accompli. »
Charge financière importante
Les explications de la fermeture de la crèche divergent également (2). Le maire a évoqué, auprès de parents ou en conseil municipal du 24 septembre, la charge financière importante que représente la crèche pour le budget de la commune mais aussi des problèmes de relations ou de gestion avec Familles rurales (3). Pierre-Marie Boissonnade affirme pour sa part que le maire a mis en avant « la difficulté financière qui repose sur la mairie de La Fouillade mais pas du tout la partie gestion et qualité ». Une chose est sûre au vu de ces différences d’appréciation : la communication entre le maire et son prestataire semble pour le moins perfectible. Mais aussi entre le président d’OAC et Dominique Rigal qui est aussi 1er vice-président de l’institution. Et encore entre le maire de La Fouillade, les familles et ses administré·es.
En effet, dans l’ordre du jour du conseil municipal du 7 juillet, il y avait un point « microcrèche » et il est relégué au milieu des « questions diverses ». Pas de quoi alerter la personne qui aurait pris connaissance de cet ordre du jour. De plus, alors que l’objectif est d’acter « l’arrêt de cette activité », ce point d’importance ne fait pas l’objet d’une délibération contrairement à ce qui sera fait le 24 septembre pour le retour en arrière. Si on avait voulu dissimuler la décision de fermeture, on ne s’y serait pas pris autrement. Soulignons également que la convention 2026 avec Familles rurales a été approuvée à l’unanimité du conseil municipal du 9 mars 2026 sans qu’aucun commentaire ne soit présent dans le procès verbal (p2).
Comme un enfant qui casse son jouet
Il aura fallu une mobilisation des familles début septembre avec demande de rendez-vous au maire, banderoles devant la crèche, une pétition qui recueillera plus de 400 signatures en quelques jours (plus de 500 aujourd’hui), une présence devant la mairie le 16 septembre et une quarantaine de questions précises et pertinentes des parents, pour que le maire accepte de revenir sur sa décision. Attitude qu’on pourrait comparer à celle d’un enfant qui casse son jouet parce qu’il trouve qu’il ne fonctionne pas comme il le souhaite. Sauf que là, le jouet est un service public avec un impact fort sur des familles et leurs activités professionnelles. Lorsqu’une commune n’est pas satisfaite des services d’un prestataire ou de ses relations avec ses partenaires, le rôle des élu·es n’est-il pas de discuter, de négocier avec eux pour résoudre les problèmes voire de changer de prestataire plutôt que de fermer le service public ? Sollicité, Dominique Rigal n’a pas donné suite. (4)

Devant la microcrèche de La Fouillade le 15 septembre 2026 (photo CC BY-SA 4.0 : Najac infos)
Il n’en reste pas moins que la question financière est réelle. Depuis le transfert de la crèche par OAC que la commune a validé, les coûts ont significativement augmenté mais pas l’attribution de compensation associée, c’est-à-dire ce que verse OAC à la commune en compensation du transfert de la gestion du service. Le montant était de 38 000 € en 2023, première année du transfert, alors que le maire a affirmé en conseil municipal du 24 septembre que le reste à charge pour la commune en 2025 était de 70 000 €. Même si aucune explication n’a été fournie en conseil municipal, cette augmentation s’expliquerait par plusieurs facteurs : les salaires ont été réévalués du fait d’une évolution de la convention collective, une réforme des conditions d’encadrement a aussi eu lieu impliquant une hausse des coûts et des mises aux normes ont été nécessaires.
« Jamais interpellé officiellement » (Jean-Claude Carrié)
Problème : d’après Jean-Claude Carrié, « le maire de La Fouillade ne [lui] a jamais fait part qu‘il avait un problème particulier en termes de déficit concernant la microcrèche. Il l’avait évoqué, je sais, dans un des derniers conseils communautaires à Michel Delpech [le précédent président d’OAC] en disant, dans la prochaine mandature, il faudra rouvrir le livre. » Et le président d’OAC d’ajouter : « Je n’ai jamais été interpellé officiellement par lui sur : « Je veux qu’on revoie les attributions de compensation. » »
Il a fallu attendre une réunion le 16 septembre entre tous les acteurs pour que, selon les mots de Jean-Claude Carrié, le maire de La Fouillade revienne « à la raison » et renonce à la fermeture au 31 décembre 2026. Il faut dire que les acteurs étaient liés par une Convention territoriale globale dont il n’est pas sûr que le maire ait pu s’affranchir si rapidement. Sans parler d’un collectif de parents très déterminés.
Tout ça pour ça
Ensuite, une délibération a donc été votée en conseil municipal le 24 septembre qui prévoit la poursuite de la gestion de la crèche par Familles rurales jusqu’à fin 2027 (un projet de convention devra être voté par le conseil municipal). Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire. À noter quand même qu’à en croire les déclarations du maire lors de ce même conseil, la CAF aurait accepté d’aider financièrement la commune en 2027. Mais le montant de cette aide n’a pas été précisé.
Restera à régler les questions de fond qui sont toujours là malgré le coup d’éclat de Dominique Rigal : Quel service public offrir pour l’accueil de la petite enfance ? Qui prend en charge l’augmentation des coûts ? Le partenariat avec Familles rurales doit-il être poursuivi ? La crèche doit-elle revenir dans le giron d’OAC ? La crèche peut-elle être gérée par un prestataire privé avec les problèmes parfois dramatiques qu’on a déjà pu observer ailleurs du fait de la marchandisation du secteur (voir par exemple ici et encore tout récemment là) ?
Éprouver la nouvelle équipe de la communauté de communes
La façon de gérer ces questions et les solutions qui seront trouvées vont permettre d’éprouver la nouvelle équipe installée à la communauté de communes depuis le 9 avril. Jean-Claude Carrié déclare pour sa part : « Les choses sont posées, il y a 51 conseillers communautaires et donc on va pouvoir en discuter. Moi je suis fermé à strictement rien. On s’aperçoit bien qu’avec la mobilisation des familles, il y a un intérêt, c’est clair, de conserver la microcrèche avec les avantages qu’elle apporte sur le territoire. »
Côté familles, on semble convaincu après cet épisode qu’il est important de faire perdurer le collectif pour peser dans les discussions et les décisions à venir. Sous quelle forme et avec quel objet ? La décision n’est pas encore prise. De son côté Dominique Rigal a tenté un salto arrière voire une récupération en conseil du 24 septembre en déclarant : « J‘ai invité l’association des parents à faire une association pour pouvoir participer à ces discussions, notamment avec Familles rurales. » Sauf que les familles n’avaient pas attendu cette « invitation » pour s’organiser.
(1) Qu’on se rassure, La Dépêche est rentrée dans le rang pas plus tard que le 29 septembre avec un article, signé par le même journaliste, à la gloire de la cantine scolaire gérée par la commune de La Fouillade. Le service public de restauration a certes des qualités mais La Dépêche n’a pas pris la peine d’interroger des enfants ou leurs parents pour connaître leur point de vue. Qui n’est pas unanimement positif, par exemple sur l’équilibre des menus certains jours.↑
(2) Même si cela n’apparaît pas dans le PV du 7 juillet et dans les déclarations du 24 septembre, le maire aurait également évoqué la possibilité de remplacer la microcrèche par une maison d’assistantes maternelles. Mais selon les familles, elle « ne constitue pas un mode d’accueil et un projet éducatif équivalents à ceux d’une microcrèche ». Sans compter que c’était une forme de privatisation d’un service public. ↑
(3) Dominique Rigal a notamment déclaré en conseil municipal du 24 septembre :
« Familles rurales s’est quand même engagé à faire des réunions, d’une part avec les parents, et d’autre part, trois fois par an, avec les institutionnels. Ce qui n’était jamais arrivé, vous le savez, jusqu’à maintenant. »
« On gardera une pression particulière sur Familles rurales parce qu’on n’est pas convaincu d’une part qu’ils tiennent leurs engagements. Et aussi, qu’ils nous proposent quand même un vrai projet de structure. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant. Parce que tout ce qui était proposé, en fait, c’est ce qu’on avait mis en place dans notre PEDT [Projet éducatif de territoire]. Et j’avoue que, quand même, c’était un peu limite. »
Sollicité, dans un second temps le 7 octobre, pour réagir à ces propos, Pierre-Marie Boissonnade de Familles rurales a répondu : « La situation de la microcrèche de La Fouillade fait actuellement l’objet d’échanges avec la municipalité et les partenaires institutionnels. Notre priorité reste de préserver la continuité et la qualité de l’accueil des enfants, tout en travaillant de manière constructive avec l’ensemble des partenaires concernés. Nous ne souhaitons donc pas entrer dans un débat par voie de presse sur les différents propos rapportés. »↑
(4) Sollicité par Najac infos, Dominique Rigal a répondu le 29 septembre : « Je ne souhaite pas donner suite à cette sollicitation, vos articles sont toujours à charge contre nous et me concernant. Notre communication et nos échanges sont exclusivement réservés à nos usagers, à notre gestionnaire, à nos partenaires institutionnels, et aux Fouilladaises et Fouilladais qui auront très prochainement le détail complet de la situation de cette structure. »
Pour la communication et les échanges avec usager·ères, gestionnaire, partenaires et administré·s, on peut renvoyer à la lecture de cet article.
Concernant les articles de Najac infos, il n’y en a eu qu’un et encore pas spécifiquement sur La Fouillade. Il concernait la tarification sociale de la cantine et le maire, déjà à l’époque, avait refusé de répondre aux sollicitations de Najac infos. On peut également citer l’article avant les élections municipales 2026 où Najac infos a rappelé le positionnement du maire lors des législatives 2024 en faveur du candidat macroniste au 1er tour et l’absence de consigne de vote au 2nd tour alors que le candidat Nouveau front populaire (LFI) était opposé à une candidate d’extrême droite, tendance pétainiste.↑